Full Blind Tasting, vu de l’extérieur

Publié: mars 9, 2016 dans Cours de Terre Oenophile, Dégustation
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« Comment définir le réel ? Ce que tu ressens, vois, goûtes ou respires, ne sont rien que des impulsions électriques interprétées par ton cerveau. »
The Matrix, Morpheus

Nos sens nous jouent des tours, c’est bien connu, et celui de la vue est certainement le plus troublant, suivi par l’ouïe (le légendaire chant des sirènes). L’adage dit que la première impression est la bonne. Mais peut-être est-ce parce qu’une fois interprétée, l’image conditionne durablement tout le processus d’analyse, le ressenti ?

Gainsbourg a bien identifié cela :

C’est aussi particulièrement vrai en dégustation du vin. Un vin rouge de couleur claire (Poulsard du Jura par ex.) semblera moins attrayant qu’un Malbec d’Argentine, très foncé, sanguin, prometteur. Cette première impression influencera, la plupart du temps, les sensations olfactives et gustatives (on trouvera le Malbec plus intéressant). Alors que dans les faits, un Poulsard peut se révéler bien plus vibrant, subtil et profond qu’un Malbec, souvent boisé, confituré et capiteux (il existe bien sûr aussi de très bons Malbecs ..).

Des études, menées il y a quelques années par Frédéric Brochet, ont mis en évidence l’influence de l’étiquette du vin sur les commentaires d’un large panel de dégustateurs. En gros, le même vin présenté dans une bouteille estampillée Grand Cru et dans une bouteille de « vin de table », genre litron de supermarché, ne recevait pas les mêmes appréciations. Les dégustateurs le trouvaient donc meilleur présenté dans la bouteille de Grand Cru …

Aussi, un vin blanc coloré en rouge se verra plus facilement gratifié de descripteurs aromatiques liés au vin rouge.

Voilà qui rend humble dans l’interprétation du « réel ».

La dégustation à l’aveugle, par ex. un vin servi anonymement dans une carafe, a pour but plus d’objectivité dans l’appréciation du produit.
Mais voilà, dans la plupart des cas la dégustation sera tout de même influencée par différents facteurs.
La couleur bien sûr, mais aussi la personne qui sert le vin (cet ami grand amateur de vin de Bordeaux vous servira-il vraiment un Bourgogne ??) ou encore les mimiques appréciatives du voisin. Les sens et neurones en alerte, la moindre indication, le moindre indice fausseront notre jugement.

Cours oenologie

La vraie dégustation à l’aveugle est celle exempte d’un maximum de parasitage, d’où l’idée de notre atelier « Full Blind Tasting », les yeux bandés !

Avec en exclusivité mondiale (si, si…), la dégustation avec des loups vénitiens, un peu retravaillés. En effet, priver du sens de la vue les participants n’empêche pas d’apporter de l’esthétisme, vu de l’extérieur …
D’ailleurs, peut-être rebaptiserons-nous cette dégustation Eyes wide shut tasting ? 

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8 vins pour tester la dégustation privée des représentations habituelles liées au vin, son histoire, sa genèse, son imaginaire. Apprécie-t-on mieux ou moins bien le vin ainsi ? A-t-on besoin de ces représentations pour comprendre et donc mieux apprécier ?
Pas de réponses définitives à ces questions mais quelques pistes de réflexions, suite à l’atelier de jeudi 03 mars 2016.
Tout d’abord, les participants se sont montrés particulièrement concentrés, focalisés .. Très à « l’écoute » de leur odorat et papilles gustatives. Privé de la vue, l’attention se reporte un peu plus sur une « vue de l’intérieur ».

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Ensuite, les participants ont plutôt bien réussi à distinguer différents niveaux de qualité, entre médiocre, moyen de gamme et haut de gamme. A noter qu’un petit protocole de base à été mis en place au début de la dégustation : quelle est la complexité aromatique? quel volume en bouche? quelle longueur? quelle qualité du toucher en fin de bouche?

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Enfin, s’il a parût à certains participants plus difficile de prendre du plaisir avec les vins ainsi dégustés, il s’avère que les deux vins les plus aboutis de la soirée ont aussi été les plus apprécié : Faugères Valinières 2009 de didier Barral, qualifié de beau macho par un des participants, et Château Pontet Canet 2003 Grand Cru Classé de Pauillac, noble et racé.

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Peut-être aussi sensiblement plus de pertinence et de de spontanéité dans les commentaires qu’habituellement. Ainsi, cette remarque sur Sassicaia 2012 (vin icône de Toscane à environ CHF 150.00) : « promet beaucoup de chose de prime abord mais finalement ne tient pas ses promesses … ». Ce qui est, d’après certains professionnels … souvent le cas avec ce vin …

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En résumé, une belle expérience de dégustation et de partage autour du vin.

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Aussi, un grand merci à notre photographe de la soirée ! 

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Prochain atelier Full Blind Tasting le 10 novembre 2016

BC

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