Notre top 10 des ateliers de dégustation voués à l’échec :-)

Publié: octobre 24, 2014 dans Cours de Terre Oenophile

Tout commerçant connait, par période, un certain insuccès avec un ou plusieurs produits. Pas adapté, pas à la mode, pas le bon prix, etc…

Il en est de même avec les ateliers de dégustation de vin proposés par les écoles du vin qui s’adressent aux particuliers. Il suffit de parcourir l’offre des principaux acteurs dans ce domaine pour constater qu’au delà des « cours d’initiation », les thèmes proposés sont peu ou prou les mêmes, de Paris à Londres, en passant par Bruxelles, Genève, etc.

IMG_1426Les ateliers à succès tournent autour des grands vins de Bordeaux, de Bourgogne, de Toscane, du Piémont, de la Vallée du Rhône & Champagne.
Parfois on trouve aussi une ouverture sur : Priorat, Ribera del Duero, de la Rioja, Californie, Argentine, Chili, Australie (pour ces derniers de préférence dans un même atelier « Vins du Monde ».
En bref, des vins relativement connus, réputés.

Sortir de ces sentiers battus c’est tout simplement prendre le risque d’annuler ou de perdre de l’argent avec un nb insuffisant de participants. Un peu comme ci un vendeur de vêtements proposait du jaune alors que la couleur de l’année est le bleu électrique …

Voici donc notre top ten des ateliers (payants) voués à l’échec (mais qui pourtant apporteraient connaissances et plaisir aux participants) : 

1/ Les Crus du Beaujolais
Morgon, Fleurie, Brouilly, Moulin-à-Vent, Chenas, etc..
Le royaume du Gamay ! Des vins avec de la race, du potentiel de garde, et qui talonnent même parfois les vins de Bourgogne. Le rapport qualité prix est bluffant.
Mais voilà, à force d’avoir communiqué sur le Beaujolais nouveau, ce vignoble bénéficie d’une bien piètre image aujourd’hui.

2/ Les grands vins du Languedoc 
Un véritable eldorado que ce vignoble, avec depuis environ 30 ans une montée en puissance de la qualité et des vins qui à présent rivalisent avec les meilleurs. On pense à la Grange des Pères, Gauby, Marlène Soria, Didier Barral, Mas Jullien, …
Mais voilà, toujours cette image de gros rouge qui tache. D’ailleurs les plus belles cuvées sont majoritairement bues sur d’autres continents…

3/ Poulsard, Trousseau & Mondeuse
L’étude de ces 3 cépages de « montagne » serait certainement un must dans l’éducation d’un amateur de vin. La Mondeuse savoyarde peut se révéler vraiment profonde et épicée, à l’image d’une Syrah mais plus en tonicité et moins en velours. Il faut avoir dégusté un Poulsard de plus de 10 ans de chez Houillon Overnoy pour apercevoir la beauté de ce cépage jurassien ou encore un Trousseau de chez Ganevat ou de Michel Gahier pour être convaincu de l’urgence d’encaver ces vins …
Mais voilà, les vins de ces vignobles « de montagne » ont une acidité un légèrement plus élevé qu’ailleurs et sont moins conformes aux standards internationaux. Du coup les prix sont encore raisonnables …

4/ Les grands vins rouges de Provence
Alors là, c’est le flop assuré ! Pensez-donc, la région du rosé ! Sauf qu’un Bandol rouge bien né rivalise en expression et potentiel de garde avec beaucoup de vins de Bordeaux, Bourgogne, etc. Sauf que Trevallon (Baux de Provence) est un des plus grands vins du monde. Et ceci pour ne citer que les plus connus !

5/ Le Riesling d’Allemagne
Un grand cépage que ce Riesling, qui rivalise largement en finesse, élégance et longévité avec les meilleurs Chardonnays. L’Allemagne engendre, avec l’Alsace, les plus belles et délicates expressions de ce cépage.
Mais voilà, déjà que le Riesling n’est de loin pas le cépage à la mode actuellement, mais si en plus il vient d’Allemagne ….

6/ Montepulciano d’Abbruzo & Aglianico de Campanie 
Deux beaux cépages italiens et issus de régions bien moins réputées que la Toscane ou la Sicile… Pourtant, il faut déguster le Poliphemo 2009 de Luigi Tecce (Campanie) ou le Montepulciano d’Abbruzzo d’Emidio Pepe 2007 ! Deux grands vins. D’ailleurs le vin de Falerne (Campanie) était un des vins les plus réputés dans l’antiquité.
Mais voilà, la Campanie et les Abbruzzes, encore faut-il déjà pouvoir les situer sur une carte …

7/ Les vins de l’Etna
Bon, c’est en Sicile alors il y a peut être un petite chance pour que cet atelier attire un peu de monde. A la différence des autres vins de Sicile les vins de l’Etna, plus en altitude et issus de sols différents, offrent finesse, élégance, race. On pourrait parfois les comparer au Pinot Noir de Bourgogne ! C’est dire 🙂
Mais voilà, la réputation de ces vins n’est guère sulfureuse … (:-)

8/ Cabernet Franc de Loire 
Voilà qui serait captivant ! Ce cépage vieillit plutôt bien dans des appellations comme Chinon, Bourgueil, Touraine ou Saumur Champigny, et il faut lui laisser quelques années avant qu’il ne se révèle véritablement ! Celui ou celle qui a dégusté un Poyeux d’une dizaine d’année, ou plus, du Clos Rougeart sait de quoi on parle. Il faudrait aussi déguster la cuvée Epicières de Patrick Corbineau ou encore un vieux Chinon les  Picasses de Breton, par ex. Des vins qui allient caractère, sérieux, densité et tonicité.
Mais voilà, le Cabernet Franc ne se laisse pas approcher aussi facilement que le Merlot.

9/ Chenin de Loire
Et oui, on reste dans la Loire, région tellement sous-estimée ! Le Chenin est l’égal du Riesling ou du Chardonnay. Sans problème. Il s’offre en différentes versions, sec, demi-sec, moelleux, liquoreux. Et toujours avec tension, race, sapidité, minéralité. L’appellation Savennières était considérée par Curnonsky comme un de 5 plus grands vins blancs de France.
Mais voilà, il n’aguiche pas comme un Chardonnay …

10/ Vins d’Autriche et d’Hongrie
Il y aurait de quoi faire avec le cépage Grüner Vetliner fin et racé d’Autriche, ainsi que le Blaufränkisch ou le Saint-Laurent pour les rouges. Quant à la Hongrie, elle est réputée pour ses fameux Tokaj, mais qui connait ses excellents mousseux (méthode traditionnelle, élaboration comme le Champagne) ? ou ses excellents vins rouges de la région de Villany ? Mais voilà … 🙂

En résumé, s’il est certain que le vin doit aussi faire rêver et que la dégustation commence à la vue de la bouteille et à la lecture de l’étiquette, il est aussi certain qu’un véritable amateur de vin se doit de découvrir les excellents vins, d’où qu’ils viennent, ceci afin d’élargir son horizon et peut-être, un jour, découvrir que le vin qui le fait rêver, ça peut-être un Poulsard du Jura ! (et il ne sera pas le premier!).

Du coup, en tant qu’école du vin « grand public » qui se respecte il devient évident que malgré la difficulté de sortir des sentiers battus nous devons proposer ce genre d’ateliers.

Cela fait partie de notre « mission ».

BC

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commentaires
  1. Carol DB Whitehead dit :

    Bravo M. Carroy! « Mission accomplished » dans cet article bien lucide. Continuez, svp.
    Your fan CdbW, un des 4 Mousquetaires du Glue Pot

    J'aime

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